Projet Mauzaïc
La diversité génétique au service du vigneron
Le Mauzac, cépage emblématique
Ceux qui connaissent la Blanquette de Limoux connaissent le Mauzac : cépage historique à Limoux, il est majoritaire dans l’élaboration de ces bulles.
Cépage rustique, un temps délaissé, il montre pourtant aujourd’hui une belle tolérance face aux aléas climatiques.
Ce qui ferait de ce cépage historique, un cépage d’avenir ?
N’allons pas trop vite…
Une diversité en berne
Bien qu’ancien et emblématique, aujourd’hui, seuls 7 clones de Mauzac Blanc et 1 unique clone de Mauzac Rose sont agréés en France. Pire : à Limoux, il ne se plante plus que les deux clones les mieux adaptés à la réalisation de vins effervescents.
Et pourtant, il existe à Limoux et à Gaillac un conservatoire du Mauzac qui regroupe pas moins de 211 clones de Mauzac !!
2 sur 211… moins de 1% de la diversité existante est plantée à Limoux…
Le projet Mauzaïc est né de ce constat. Nous avons pris le parti de reconstituer de la diversité génétique du Mauzac, pour explorer toutes les possibilités offertes par ce mystérieux cépage.


La diversité : alliée ou ennemie ?
Prudence toutefois. Toute diversité n’est pas forcément bonne à prendre… Le passage de la sélection massale à la sélection clonale dans les années 1970 permettait, à cette époque, de mieux maîtriser les rendements, mais surtout de répondre à des problématiques sanitaires. Certaines maladies liées comme le court-noué ou les viroses de l’enroulement ont ainsi pu être confinées.
Revenir à un certain niveau de diversité génétique nous semble être important, mais ce ne doit pas ce faire au détriment de la santé du vignoble.
Et c’est tout l’intérêt du conservatoire du Mauzac ! Chaque clone a été suivi en détail par la Chambre d’Agriculture : nous avons donc pu écarter les clones particulièrement sensibles à la coulure, ceux dont la vigueur était insuffisante, ou ceux potentiellement porteurs de viroses.
Ainsi, sur les 211 clones de Mauzac que compte le conservatoire de Limoux, nous en avons gardé « seulement » 187.


Une parcelle, 187 clones en complantation
Une parcelle de 50 ares a été choisie pour accueillir ce projet, située à Roquetaillade, sur le lieu dit Aiguecaud.
Nous souhaitions répartir les clones dans la parcelle, tout en étant capable d’identifier l’origine de chaque individu. Une tâche quasiment impossible à réaliser à notre échelle en une seule année ! Nous avons donc fait un choix :
– 45 clones de Mauzac Blanc originaires de l’Aude sont parfaitement identifiés et étiquetés, sur une zone bien délimitée ;
– 99 clones de Mauzac Blanc originaires de Gaillac sont mélangés aléatoirement, sur une zone bien délimitée ;
– 43 clones de Mauzac Rose originaires de Gaillac sont mélangés aléatoirement, sur une zone bien délimitée.
Pour rajouter un niveau supplémentaire de diversité, nous avons travaillé avec 4 porte-greffe différents : RSB1, 101-14 MGt, Fercal, Riparia.
Le greffage en place : un geste ancestral
3 750 plants, issus de combinaisons de 4 porte-greffes et 187 clones de Mauzac… Un cauchemar pour n’importe quel pépiniériste ! Nous avons donc profité de ce projet pour nous réapproprier un geste qui n’est maitrisé que par peu de vignerons aujourd’hui : le greffage en place.
Le greffage en place consiste à planter les porte-greffes, puis venir les greffer directement « en place » au moins l’année suivante, lorsqu’il sont suffisamment développés.
C’est un greffage en fente qui a été mis en place, car ce mode de greffe était déjà pratiqué par Pierre et son père. Il s’agit de pratiquer une fente sur le porte-greffe à l’aide d’un couteau. On vient y insérer un greffon taillé en biseau, en prenant soin d’ajuster les cambiums entre eux (c’est ce qui permettra une continuité de la sève entre le porte-greffe et le greffon). Une ficelle biodégradable entoure le point de greffage afin d’assurer le maintient du couple.
Le point de greffe doit alors être maintenu à une certaine humidité afin que la greffe prenne. Historiquement, la greffe était pratiquée assez basse, et une butte de terre fine recouvrait l’ensemble afin de le protéger. Nous avons plutôt utilisé un ruban souple de paraffine qui vient entourer le point de greffe. Cela nous permet de greffer plus haut sur le porte greffe : en cas d’infection par une maladie du bois, nous pourrons alors regreffer plus bas sans remplacer le plant dans son intégralité.

La gamme de vins « Mauzaïc »
Aujourd’hui, deux vins de Mouscaillo sont issus de notre travail autour du Mauzac :
– Limoux Blanc, cuvée Mauzaïc
– Mauzac sous Voile
Deux visions du Mauzac très atypiques. L’une cherche a mettre en avant l’expression la plus pure du cépage sur notre terroir de Roquetaillade, avec une vinification la moins intrusive possible. A l’inverse, la seconde est issue d’un élevage extrême de 7 ans, en milieu oxydatif.
Plus d’informations sur la page Les Vins.
D’autres projets sont en préparation autour du Mauzac, notamment une eau de vie. Encore un peu de patience…

Historique
Années 2017-2018 – Préparation de la parcelle.
Mars 2018 – Plantation des porte-greffes.
Février 2019 – Récolte des bois de Mauzac au conservatoire. Stockage en conditions contrôlées.
Avril 2019 – Greffage en place du Mauzac sur les porte-greffes déjà développés.
Printemps 2020 – Formation des plants en Cordon de Royat.
Septembre 2020 – Première récolte.
Projet Mauzaïc – Fiche Technique
Caractéristiques |
Parcelle Mauzaïc |
|---|---|
Surface |
50 ares |
Terroir |
Roquetaillade, Lieu dit Aiguecaud |
Densité de plantation |
7500 pieds/ha |
Âge |
Plantation des porte-greffes en 2018 |
Cépages |
Mauzac Blanc et Mauzac Rose |
Clones sélectionnés |
– 45 clones Blancs, originaires de Limoux, identifiés |
Portes greffes |
4 Porte-greffes différents (RSB1, 101 14, FERCAL, RIPARIA) |
Greffage |
Greffage en place à partir de 2019 |
Bibliographie, pour aller plus loin :
Sélection Clonale / massale :
https://www.vignevin.com/innovation-varietale/selection-clonale/
Différentes maladies de la vigne :
https://ephytia.inra.fr/fr/C/6047/Vigne-Les-maladies-et-ravageurs
